EVERYBODY LOVES TOUDA
Du 18 décembre 2024 au 14 janvier 2025 à Tournefeuille
du 8 janvier au 21 janvier 2025 à Toulouse-Borderouge
Réalisé par Nabil AYOUCHE – Maroc / France 2024 1h42mn VOSTF
avec Nisrin Erradi, Joud Chamihy, Jalila Tlemsi, El Moustafa Boutankite, Lahcen Razzougui…
Scénario de Nabil Ayouche, avec la collaboration de Maryam Touzani.
Du 08/01/25 au 21/01/25 à Toulouse (Borderouge) – Du 18/12/24 au 14/01/25 à Tournefeuille

Tout commence par un cri. Un cri devenu chant. Une aïta.
Une voix incroyable vient vous cueillir, irrépressible par sa vitalité. La voix de Touda qui illumine la nuit, qui illuminerait même les plus sombres des bas-fonds si on lui donnait une vraie chance, une vraie scène, un vrai micro. Touda rêve de reconnaissance, de devenir une « Cheikha », une artiste traditionnelle marocaine, qui chante sans pudeur ni censure des textes de résistance, d’amour et d’émancipation, transmis depuis des générations. Mais pour l’instant, elle chante et danse dans les bars, dans les fêtes de village, dans les mariages… et c’est toujours la galère avec ses auditeurs mâles qui aimeraient bien ne pas se contenter de la chaleur de sa voix et lui réclament tout autre chose à mots larvés, à gestes larvés, puis de plus en plus pressants. Qu’importe à ces hommes le répertoire de choix de Touda, le sens de ses aïtas, ces chants séculaires qui revendiquent la liberté, y compris celle des femmes… Qu’importe qu’elle ait trimé des heures pour apprendre des textes qu’elle ne peut pas lire (fille de la campagne, on ne le lui a pas appris) et qu’une voisine lui enregistre sur une vieille cassette pour qu’elle y ait accès. Qu’importe qu’elle ait un fils sourd et muet qu’elle essaie d’élever dignement, en lui procurant une éducation meilleure que la sienne pour essayer de lui construire une belle vie. Qu’importe sa dignité à tous ces hommes. Et c’est de plus en plus désabusée qu’elle part travailler, la nuit, refusant l’argent facile. Mais si, parfois, passe dans son regard un nuage grave, il se dissipe à la moindre note de musique ou devant le sourire aimant de son enfant. Il aime la taquiner au réveil, pressentant que cette mère si belle pourrait bien s’envoler… Moments de répit de courte durée. Dans son domaine, la concurrence est rude et souvent ce sont les moins prudes de ses congénères qui se vendent le mieux et correspondent le mieux aux attentes des tenanciers et de leurs clients alcoolisés. Dans le fond, elle pourrait tout aussi bien chanter n’importe quoi, de la variété inepte pourvu qu’elle sache trémousser son derrière, les faire boire plus que de raison.
C’est un soir de trop, parmi tous ces soirs où personne ne lui vient en aide, la reléguant au rang d’objet, qui déclenchera progressivement une sourde révolution intérieure, d’abord invisible. Elle sèchera ses pleurs, pansera ses plaies sans mot dire. Elle ne se plaindra pas, n’ira même pas à la police pour réclamer justice, comme si elle n’y avait pas droit, n’était nullement légitime… Et le silence de son amie et voisine sera plus éloquent que bien des déclarations. Elle rêvera alors d’une échappatoire, d’aller tenter sa chance dans une grande ville où les gens sont plus cultivés, pas ce ramassis de bouseux incultes incapables de faire taire leurs plus bas instincts. Elle s’en donnera les moyens en mettant de l’argent de côté. Et elle tracera son chemin vers Casablanca, laissant au passage son fiston chez ses parents, dans la campagne de son enfance. Ce sera comme une belle parenthèse, de jeux, de bonne humeur, auprès des troupeaux de chèvres… De quoi donner l’envie de se poser là, de peut-être renoncer à un projet hasardeux ? Qui sait ?
De bout en bout, la caméra s’arrime à cette héroïne de l’ombre, nous entraîne dans ses transes jusqu’à l’épuisement. La sueur, la grâce chaloupée des danses… le film s’enivre de la performance de sa formidable actrice principale, Nisrin Erradi. On fait corps avec elle, on se prend à rêver comme elle…www.cinemas-utopia.org/toulouse
