Thomas Vinau. Madame Bijou
Thomas Vinau. Madame Bijou
Gallimard 2025
Thomas Vinau, né en 1978 à Toulouse, est l’auteur de nombreux recueils de poésie, d’albums jeunesse, de nouvelles. Madame Bijou est son septième roman.
Madame Bijou se déroule sur une journée d’été, de 7h du matin à 22h, dans une maison familiale du sud de la France, le titre de chaque chapitre indiquant l’heure et une activité ou un lieu. Un cercle aimant, rassurant, mène une vie humble et sereine autour d’un enfant en vacances : il est composé du couple de grands-parents, de leur fils, oncle de l’enfant, et d’une marraine. Il sera révélé, en postface, que cet enfant, âgé de 11 ans, est l’auteur.
Madame Bijou, c’est la grand-mère, Marguerite. Le roman fait alterner le déroulé de sa journée en France et, en italique, ses souvenirs de sa vie en Algérie, qu’elle a quittée en 1960 avec son mari et ses deux jeunes enfants. Dans les souvenirs de Marguerite, la population autochtone est peu présente, elle n’apparait que rarement, comme à la marge, sous les termes d’indigènes ou de rebelles selon la situation.
Il s’agit donc de la peinture de la vie de rapatriés d’Algérie mais l’originalité du roman tient au choix de privilégier un quotidien lumineux, sensuel, chaleureux, en Algérie d’abord, en France ensuite, où rien n’est dramatisé. C’est la vie de petites gens, sans misérabilisme ni rancœur.
J’ai beaucoup aimé ce roman, qui propose un regard neuf sur ce qu’a pu être le ressenti de Français refaisant leur vie dans un pays où ils n’ont jamais vécu ; l’auteur parle d’ « odyssées minuscules » et je trouve que ces termes correspondent bien au ton du roman.
Thomas Vinau a publié de la poésie et de la littérature jeunesse en même temps que des romans. Cela se ressent dans l’écriture de Madame Bijou : les pensées et les activités du petit-fils sont vécues de l’intérieur, sans regard surplombant ; les parfums, les couleurs, les ambiances sont dépeintes avec des mots concrets qui permettent au lecteur de les ressentir aussitôt. Madame Bijou est un roman d’une grande qualité littéraire, qui dépeint avec empathie la manière dont des « vies minuscules » ont traversé un moment particulièrement tragique de notre Histoire.
Catherine Giffard
Madame Bijou
J’ai lu ce roman avec intérêt mais certains aspects m’ont beaucoup choqué..
Il se déroule en Algérie dans les années 50 et 60 mais aucune figure d’algériens (ou indigènes pour reprendre le vocabulaire de l’époque) n’apparait : pas une « fatma » dans la maison ou le café, pas un « fellah » dans les champs ou les vignes.
La seule allusion à la situation est le passage de véhicules qui mitraillent le village et les incitent à quitter le pays. D’où viennent-ils ? Pourquoi cette action de guerre ?
On est dans un petit coin de paradis qui s’effondre brusquement, sans raison apparente.
En dehors de la falsification de la vérité historique, je trouve que cela donne une image de pieds noirs complètement « hors sol », aveugles à tout ce qui se passe autour d’eux.
Leur insertion en France s’effectue sans problèmes, à l’opposé de beaucoup d’autres témoignages, peut-être parce qu’ils n’ont jamais vécu que dans un pays rêvé.
Cela pose quand même beaucoup de questions sur ce qu’ils transmettent aux générations suivantes.
Michèle Rodry
Livre retenu dans la sélection du prix Coup de coeur de Soleil Occitanie 2026
