Dialogue avec les collégiens à Tournefeuille Mai 2025: 4ACG et guerre d’Algérie
Intervention de la 4acg et de « Coup de Soleil » au collège Pierre Labitrie à Tournefeuille (Haute-Garonne) le 23 mai 2025
Une délégation de six personnes (Georges Garié, Claude Bataillon, Francine Rapiné, Eric Sirvin, Philippe Czapla et Bernard Bessac) a répondu aux questions d’une soixantaine de collégiennes et collégiens du collège Pierre Labitrie à Tournefeuille (Haute-Garonne) à l’invitation d’Aidli Basma et de son collègue, professeurs d’histoire et géographie. Deux associations représentées : « Coup de Soleil » à Toulouse et la 4acg.
Les élèves avaient auparavant étudié la décolonisation et la guerre d’Algérie et avaient pu voir le film « retour en Algérie ».
Présentation des deux associations, ce qu’elles font et des intervenant-es. Description rapide de la situation d’un appelé (qu’est-ce qu’un appelé, définition du service militaire obligatoire) qui se trouve projeté dans un contexte qu’il ne connaît pas du tout, dans une autre civilisation, avec le devoir de tuer, au contraire des règles de la vie civile ordinaire ou tuer est un crime, ….).
Un auditoire attentif qui ne se prive pas de questionner:
Questions-réponses :
Quelles informations aviez-vous sur le 8 mai 45 ? Des petits groupes sans importance qui ont commis quelques assassinats, mais la répression terrible est très peu connue.
Quelle est la date du début de la guerre d’Algérie ? C’est le premier novembre 1954: un instituteur est assassiné, des attentats sont commis.
Quel a été le rôle de Francine dans le FLN ? J’ai souhaité aider le FLN dans la région de Besançon ; j’étais « agent de liaison », je transportait des courriers, de l’argent. J’avais dit que je ne voulais pas transporter d’armes.
Combien de temps êtes vous resté en Algérie ? Georges y est resté vingt-sept mois .
Comment s’est passé votre retour ? Georges : dans le silence, pas l’envie de raconter, avec un traumatisme sérieux.
Claude : il y a eu très peu de refus du service militaire, une des solutions était de se faire passer pour fou.
Avez vous assisté à des tortures ? C’était la recherche du renseignement, avec la « gégène » (générateur d’électricité).
Avez vous été pris en embuscade ? Nous étions à la fois chasseur et gibier.
Y avait-il d’autres avis que le votre ? Une grande différence d’attitudes entre les appelés et les engagés (soldats de métier).
Que faisaient les femmes algériennes ? Nous avions construit une cabane pour y faire l’école. Nous nous sommes aperçu qu’il y venait de moins en moins d’élèves, même si l’école était obligatoire. En fait, les femmes appliquaient l’interdiction du FLN d’envoyer les enfants à l’école.
Est-ce que tu as vu des gens mourir ? Georges : oui, à la guerre on voit des gens mourir.
Et les pieds-noirs ? Georges il y avait toutes sortes de pieds-noirs, des pauvres, des riches. Claude : on ne sait pas très bien d’où vient cette appellation : peut-être à cause des souliers noirs portés par des européens.
Est -ce que vous pouviez déserter ? Certains ne sont pas venus au moment de l’appel, ils ont été inculpés et ont fait deux ans de prison. Difficulté supplémentaire, les familles les ont reniés.
Avez vous aidé le FLN ? Georges : non.
Êtes vous retourné en Algérie ? Georges : oui et nous y sommes toujours reçus comme des princes.
Avez vous été blessé ? Georges : non. Bernard rajoute qu’il y avait aussi des blessures psychiques, que peu d’appelés n’en ont pas souffert. C’est toujours le même phénomène : à la sortie des camps de concentration, après la guerre d’Algérie, les américains au Vietnam, les survivants d’attentats : la plupart des soldats ou des témoins montrent un stress post-traumatique qui rend l’expression de la douleur difficile ou impossible . D’où le silence qui accompagne souvent les retour des soldats. La création de la 4acg a été l’occasion pour certains anciens appelés de commencer à parler.
Georges Garié
