Les années de braise, film culte de Mohamed Lakhdar (1975) reprogrammé à Toulouse été 2025

Années de braise, film de Mohamed Lakhdar- Hamina, Algérie 1975, restauration de la version originale en 2025, acteur principal (le « fou », conteur et récitant) Mohamed Lakhdar- Hamina.

Les années de braise est une saga hors du commun : sa projection dure trois heures dans sa version intégrale restaurée de 2025, qui sort presque au moment de la mort de son auteur. Le festival de Cannes célèbre le souvenir de lui avoir donné sa palme d’or en 1975. Fresque filmée surtout à Laghouat et Ghardaia qui met en scène la paysannerie et le peuple des villes traditionnelles de l’Algérie coloniale.

Ce poème de rythme tantôt lent, tantôt haletant, se déroule avec des images exceptionnellement attachantes : les paysages et les mirages sahariens immenses, les foules composant des danses dramatiques et clamant des protestations véhémentes, les vie quotidienne aux émotions intenses, les eaux qui manquent puis arrivent par l’oued qui se gonfle puis par le ciel, les moissons grasses des colons et les moissons maigres des paysans, le bétail et les chevaux, et comme une annexe à toute cette vie les moments politiques concentrées et schématisés sans aucun souci précision historique.

Je n’avais pas vu ce film lors de sa sortie et son succès d’alors au festival de Cannes a sans doute été contrebalancé par une diffusion en salles rendue difficile : un film très long, même s’il était comprimé pour sa sortie publique, un exotisme gênant pour un public français sortant de la guerre d’Algérie depuis à peine une douzaine d’années. A-t-il eu du succès en Algérie ?

Voir cet immense spectacle un demi-siècle plus tard aide à comprendre comment l’Algérie « profonde » traditionnelle, prise dans le carcan colonial, est un mythe pour les petits-enfants de ceux qui furent « appelés » au service militaire en Algérie, pour les harkis auxiliaires de l’armée française, pour les pieds-noirs des villes algériennes si éloignées du bled, et surtout pour les « indigènes » futurs algériens de toutes conditions. Ces derniers sont les héros de ce film qui adhère au slogan unanimiste fondateur de la nation Algérienne : un seul héros le peuple.

Ce film d’exception parait un an avant la première sortie en salle d’une critique de la jeune société algérienne : Omar Gatlato de Merzak Allouache sort en salles en 1976 : Loin de la mise en scène du peuple algérien mythique, c’est le récit intimiste et quotidien de la vie à Alger d’un jeune homme, entre combines pour acquérir de la « sono » sur le marché parallèle et amours impossibles dans une société puritaine.

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