Baya, française, algérienne et militante communiste (1920- 2007)
Baya, d’Alger à Marseille
Baya, Jean-Luc Einaudi, éditions Non lieu, 2011, 212 p.
Ami de Baya (1920 : 2007) et de son mari, Jacques Jurquet, Einaudi prend en charge à la mort de Baya la rédaction de la biographie de celle-ci. Jacques et Baya avaient clairement programmé cette biographie en mettant en ordre tous les documents disponibles, coupures de presse, correspondances et sans doute aussi récits oraux de Baya. Peu de femmes algériennes de cette génération ont joué un rôle social et politique aussi fort, essentiellement dans le milieu de l’émigration à Marseille. Le récit écrit par Eynaudi est volontairement neutre, relatant des faits presque sans les commenter.
Baya est la fille de Boujemaa Bouhoune, né en Kabylie « vers 1892 » (il n’y a pas encore d’état civil au village). Ce dernier a la chance exceptionnelle d’y être scolarisé jusqu‘au certificat d’études. Jeune adulte, il est « normalement » enrôlé dans l’armée française pour la guerre de 1914- 1918. Est-ce l’amitié qu’il établit alors avec un jeune pied-noir qui explique sa décision en 1919 ? Il décide en effet de bénéficier de la loi de 1919 qui permet aux « sujets musulmans » qui ont fait cette guerre d’obtenir la citoyenneté française à condition de renoncer à leur « statut personnel » (lequel permet la polygamie et la répudiation, tout comme les formes d’inégalité dans l’héritage qui diffèrent de la loi française). Seuls quelques centaines de « sujets musulmans » prendront cette décision « contraire à l’islam » et sans doute est-il fortement réprouvé pour cela dans son milieu familial. Sans doute la prééminence absolue dans la famille de son frère ainé Rabah en est-elle renforcée. Baya sera pour son père et contre son oncle, qui cependant lui impose très jeune un mariage traditionnel. La citoyenneté française dont Baya hérite de son père aide à comprendre tous ses comportements politiques et sociaux « modernes », liés à son engagement communiste, que bien peu de femmes algériennes de sa génération ont pu assumer.
Dans le milieu communiste algérois, où les « musulmans » sont une petite minorité par rapport aux « pieds noirs », assez souvent juifs, la vie militante est compliquée par des consignes contradictoires : le parti communiste en Algérie est algérien, pas français, mais il faudra quatre années de « guerre » pour que la légitimité d’un nationalisme algérien soit reconnue, avec le FLN pour la porter. Baya se trouve très proche de deux martyrs (condamnés à mort et exécutés) communistes déserteurs de l’armée française, Yveton et Maillot, tous deux désavoués par le Parti communiste. Elle est déjà installée à Marseille quand vient en 1962 l’indépendance de l’Algérie, dont le gouvernement de Benbella interdit dès le mois de novembre un parti communiste dont les militants continuent clandestinement tout en adhérant du bout des lèvres au FLN.
Très jeune, la militance féministe de Baya l’a conduit à participer depuis Alger, puis depuis Marseille, aux grandes manifestations internationales progressistes organisées dans les capitales des pays du « bloc oriental ». Mais au jour le jour sa vie militante est de soutien des causes « progressistes » et plus particulièrement des aides aux immigrés maghrébins, avec une urgence particulière pour les Algériens pendant la « décennie noire ». Baya est trilingue (français, arabe, kabyle), ce qui est un atout rare et essentiel dans toutes les actions qu’elle conduit.
